TOUT EST MAGNIFIQUE


réalisation: 2021
type de mandat: projet personnel


Notre rapport à l’image à beaucoup évolué et nous sommes, consciemment ou pas, exposés à une grande quantité de productions visuelles qui viennent rythmer notre quotidien. Ces images que nous générons bouleversent notre manière de percevoir notre environnement en l’enchantant, le fragmentant ou en le rendant banal. Je suis fasciné par ce besoin d’immortaliser et de partager de manière instantanée la réalité, parfois en guise de preuve de ce que l’on vit. Dans ce phénomène de photographie de masse, la fonction de solenniser tend à disparaître pour laisser place à une banalisation de l’image liée, non plus à un procédé quasi sacré, mais à une simple consommation.

Ma première réaction fut de prendre un contre-pied face à cette manière de capturer notre quotidien. Le Grammont est une montagne qui surplombe le Léman et offre un paysage exceptionnel propice à la prise de vue. En utilisant une chambre technique, dont j’apprécie la lenteur et l’approche réflexive, je surexpose le plan-film comme pour mimer l’amas d’images qui sont réalisées de ce même panorama. Le négatif en ressort pratiquement noir, criblé d’informations, générant ainsi une image laiteuse, fantomatique, où il devient difficile de lire le paysage. Ce protocole fait écho à ces images que nous générons en masse, auquel on pourrait attribuer un statut d’archive quasi immédiat, et qui subsistent, la plupart du temps, dans l’obscurité de notre poche. Cette approche expérimentale sera le point de départ de l’exploration et l’interprétation personnelle de ce phénomène intangible de photographie de masse.

Pour tenter de disséquer ce phénomène, plusieurs protocoles sont mis en place afin de proposer des résultats photographiques. Alors que certains évoquent la notion de fragmentation du temps et de répétition, d’autres explorent l’accumulation et l’échange d’images en une journée. Dans une autre série, c’est l’effacement du smartphone par lui-même qui est produit.

L’accrochage se lit comme une partition de musique, où chaque image à sa propre autonomie et dont l’ensemble résonne comme une vibration qui pourrait se décliner en plusieurs sonorités. Il n’est pas question de donner des réponses, mais plutôt d’offrir une approche sensible de ce que pourrait être notre rapport actuel à l’image et à sa consommation.
2021 © KEVINCHRISTINAT